dimanche 8 avril 2012

"Cloaque"... Extrait...

- Antoine n’a pas connu la violence, ni le déshonneur, a fait Mira. Moi, les autorités sanitaires de l’époque ont été alertées bien trop tard… Je le paie maintenant encore. Mais bon, t’as jamais été très bavard concernant mon frère. Pourquoi maintenant, hein ? T’avais rien d’autre à dire, c’est ça ?
Sans doute cela provenait-il du fait qu’on sortait ensemble, Mira et moi. Je ne m’en étais jamais ouvert franchement. Quand pour Mira Antoine n’était qu’un nom, quelques photos, au mieux quelques témoignages glanés ici ou là, voire un neveu qu’elle ne voyait que rarement sinon quand ce dernier avait besoin de liquidité. Ce qui arrivait sommes toutes régulièrement, étant entendu que Lionel émargeait à 1200 euro par mois dans un institut de sondage et passait le clair de son temps dans des cours de théâtre qui lui coûtaient la peau des fesses !
- Ce petit con, comme elle disait. Ce petit con !

Mira est rentrée bredouille de son court voyage dans l’Eure. Le Henri en question n’avait rien voulu savoir. Un vieux con, selon Mira.
- Pas un cent ! Il n’a pas voulu lâcher le moindre cent ce vieux fumier. Même pas pour l’anniv’ de Lionel. Le rat.
Le vieux n’avait plus eu de nouvelles de Séraphine depuis plus de vingt ans, date à laquelle Séraphine avait été chassée de la propriété familiale en raison de ses activités sulfureuses.
- Une catin ! C’était une catin ! Voilà ce qu’était ta mère !
- Mais elle est morte…
- Veux pas le savoir ! Elle nous en a trop fait baver !
- T’aurais pas une photo d’elle à me donner…
- Non ! Tout jeté à la poubelle ! Fais plus partie de la famille  maintenant ! Oubliée… Répudiée !
- Oubliée ? Et son œuvre ?
- Son œuvre ? De quelle œuvre veux-tu parler ?

samedi 17 mars 2012

L'Ampoule n°3 (suite)...


 J’ai tout lu. Une fois de plus emballé, décontenancé, bousculé, enrichi par ce n° 3 de l’Ampoule… Fictions, articles, illustrations, on y trouve de tout : quelques mythologies savoureuses autour de la vie de Tina Aumont, par Arthur Louis Cingualte (Elle pense que les rêves que l’ont fait dans les espaces clos sont contagieux…) ;  un portrait d’Hélène Bessette à qui l’altitude semblait donner le vertige, par Marianne Desroziers : Si Bessette n’a jamais percé alors qu’elle était écrivain, à qui la faute ?) ; les rêves à la Anton Reiser d’un frère aux « oreilles ridiculement petites», par Diane Frost ; les étranges questionnements d’une porte se faisant ? des cheveux « avec la relative position des gens », par Alain Lasverne ; le parler « mi-chien, mi-classique », le timbre, la petite musique, pas du tout "une rafignoleuse d’argot", ceux d’une Albertine Sarrazin vue par Salima Rhamna ; les « curiosités » d’un certain Pierre Margaille, auteur oublié (pourtant « dernier rempart contre la barbarie livresque ! »), présentées par Georgie de Saint-Maur ; une enquête sur un mobile à la fois sulfureuse et déjantée (Un jour, peut-être, un type un peu barré en a eu marre, mais à bout, de ces vieux téléphones merdiques et pourris à cordon qui encombraient son vestibule – mais de quel vestibule peut-il donc s’agir !), habilement menée par Philippe Sarr ! ; une Madame Putiphar aux mœurs étranges et négatives, « lascive, cruelle, presque vampirique, vêtue d’un simple peignoir de satin appelé laisse-tout-faire », abondamment décrite par Constance Dzian ; un François Cosmos, tout à la fois cosmique et terre-à-terre, dont les « absences énigmatiques » et régulières intriguent l’épouse pourtant habituée à ses récurrentes disparitions et qui s’étonne qu’à son retour qu'il ne sente » ni le grand air (…), ni le tabac (…), ni la friture asiatique ou de shoarma, ni le mazout, ni les embruns, ni la collégienne…, par… François Cosmos lui-même ; une Sylvia fantomatique, personnage à la Vermeer qui se souvient de ses « années de gloire », des hommes qu’elle a aimé et qui n’ont pu faire son bonheur ( ils l’ont volée, ruinée, vidée, menée à la dérive…), entrevue par Cécile Delalandre ; la vie « romancée » de Marie Bashkirtseff, à la fois féministe et « bonne peintre à laquelle le destin n’a pas laissé le temps de donner sa pleine mesure », «  dans un marché de l’art dominé par le matérialisme bourgeois », par Christian Jannone ; les mots casse-gueule de Marlène Tissot que je ne me risquerais pas de reproduire ici sous peine de » trébucher et de me prendre les pieds dans (mes) petites ambitions mesquines » !; le chapeau de Kafka, retrouvé abandonné sur un trottoir, « sans tête, noir, et fait d’un beau tissu », par M’barek Housni (superbement illustré d’ailleurs par Pascale Mayeur-Sarr); un John Fante tombé dans l’oubli que suit une caméra au « ras du sol », un John Fante que « plus personne ne regarde : « aveugle, amputé de la jambe droite à hauteur du genou… », par Sébastien Ayreault ; enfin un « cadavre exquis » signé (eh oui, encore lui !), Sébastien Ayreault, Pierre Axel Tourmente, Alban Orsini, Chris Simon, Teddy Wadblé, Christian Attard, Etienne Brouzes, Philippe Correc, Sophie Adriensen, et Marianne Desroziers, où il est donc question d’adieux éphémères et de « bouddhistes tibétains » enchâssant « des prières dans des moulins qu’il suffit de faire tourner… »…
Sans oublier… les illustrations de Pascale Mayeur-Sarr donc, Guillaume Gasnot, Sébastien Lopez, Noémie Barsolle, Teddy Wadblé, et Jacques Cauda

Voir lien ci-dessous l’article précédent !

vendredi 16 mars 2012

L'Ampoule n°3 enfin disponible sur le site des éditions de l'Abat-Jour!

http://www.editionsdelabatjour.com/

Edito par Marianne Desroziers et Franck Joannic


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L'Ampoule numéro 3

L’Ampoule n°3 a pour thème « Gloire & Oubli » : au sommaire de ces 105 pages, 16 textes mêlant nouvelles inédites et critiques littéraires, avec les participations d'Arthur-Louis Cingualte, Diane Frost, Alain Lasverne, Salima Rhamna, Georgie de Saint-Maur, Philippe Sarr, Constance Dzyan, François Cosmos, Cécile Delalandre, Christian Jannone, Marlène Tissot, M'barek Housni, Sébastien Ayreault, Pierre-Axel Tourmente, Alban Orsini, Chris Simon, Teddy Wadblé, Christian Attard, Étienne Brouzes, Philippe Correc, Sophie Adriansen et Jacques Cauda ― ainsi que 9 illustrations en tous genres réalisées par Guillaume Gasnot, Diane Frost, Teddy Wadblé, Sébastien Lopez, Pascale Mayeur-Sarr, Noémie Barsolle et Jacques Cauda.

Le numéro est lisible et téléchargeable gratuitement, tout comme les précédents ; pour discuter de la revue, des commentaires peuvent être laissés sur cet article du Pandémonium Littéraire.  

L'Ampoule n°4, « Énigmes & Labyrinthes », est prévu pour le 15 jiun prochain. Tous les textes de moins de 25 000 signes (espaces compris) sont les bienvenus, de même que les illustrations, à envoyer jusqu'au 10 juin à notre adresse : editionsdelabatjour@hotmail.fr.  

Merci à tous les participants et bonne lecture !

samedi 10 mars 2012

"Arcadie", recueil de nouvelles...

Possibilité dés maintenant de commander "ARCADIE" (12 nouvelles où le burlesque le dispute à la fantaisie, où les époques se mêlent et se dérèglent jusqu’à l’absurde!)



(ci-dessous couverture signée Stéphane Rosa)



Brute de coffrage



mercredi 2 novembre 2011




Tandis  que  Jules,  mon  voisin trisomique, courait après mon chat dans tout l’appart’, j’en ai recopié deux sur ma dernière facture d’électricité puis j’ai  claqué la porte. Au bout d’une heure, plus personne. Je me foutais complètement de savoir que Jules venait de se planquer sous les draps, un chapeau orange sur la tête, ou bien que ma consommation en énergie avait doublé en quelques mois seulement. Un technicien EDF avait proposé de passer pour faire le point, voir si je n’avais pas de problème de compteur ou s’il n’y avait pas moyen de mieux répartir ma conso. L’hiver avait été rude. Des pics à moins quinze, de nuit comme de jour, et j’avais eu très froid, malgré les radiateurs à fond et tout le dispositif électrique qui alimentait le bloc de polyuréthane où vivotait Margot! Depuis que l’on m’avait injecté ce fichu produit dans les neurones qui avait fait de moi une sorte de concept vivant, un avatar, une machine douée de raison, plus rien, ou presque, ne m’atteignait !

Aussi, cela n’a pas manqué d’attirer l’attention de ma banquière, une petite jeune en mal de reconnaissance qui  avait fait une étude sur Dali et son rapport au réel. La lettre envoyée stipulait en gros caractère gras un découvert de plus de 3000 euros, soit 18000 francs (je raisonnais encore en franc, avais même exigé que le prix de mes livres figure dans cette monnaie sur la jaquette. C’est ça quand on a un statut de VIP, on peut tout se permettre, enfin quasiment !). Je connaissais bien Laurie pour avoir plusieurs fois discuté de ça avec elle. La trentaine passée, elle recherchait essentiellement des hommes comme moi, avec un physique et un intellect irréprochables. Moi, bien sûr, modeste comme j’étais, lorsque j’entendais ça, je riais intérieurement : je connaissais ma vraie valeur, avais une conscience aigue de mes forces et de mes faiblesses lesquelles, très honnêtement, surpassaient de loin les premières et dans des proportions considérables. Le découvert, un de plus, apparaissait sous la forme de petits graphiques légendés. Soulignés en rouge, les trois derniers prélèvements EDF donnaient l’impression de flotter au-dessus de la feuille. Les sommes s’élevaient à plus de trois cent euros, ce qui était énorme, monstrueux.  : Y avait quoi dans la tête de Margot ? Un gros pleko. Un gros pleko tout argentés planqué derrière un drap blanc et portant un chapeau orange !

(Dessin au pastel sec de Pascale Mayeur-Sarr)

samedi 22 octobre 2011

Lectures en lignes!

A entendre et écouter sur le site des Editions de l'Abat-Jour (dans la rubrique "Nouvelles en ligne" - http://www.editionsdelabatjour.com):

- Une fin d'aprés-midi mathématique, par Guillaume Siaudeau.
- Pascal versus Shalom Auslander, par Sébastien Ayreault et Arma Benoît
- Ma maison d'papier, par Cécile Delalandre

vendredi 21 octobre 2011

L'histoire des deux tortues géantes (à entendre et à écouter sur le site des Editions de l'Abat-Jour!)

Au bout de trente minutes, un type sur ma gauche m’a fait signe de m’arrêter. La salle de conférence de la médiathèque était enfumée. Des gens dans le fond venaient d’allumer leur cigarette, malgré l’interdiction.

Au diable la rigidité cadavérique...



De toutes façons, j’avais fini, dit l’essentiel ou presque de ce que j’avais à dire. Et avais même un peu débordé ! C’était la première fois que je m’adressais de la sorte devant un public aussi nombreux, des jeunes d’un lycée de banlieue qui avaient effectué un travail sur la littérature de S-F  américaine des années 60. Leur prof leur avait fait lire quelques ouvrages, dont Ubik et Le maître du haut château. On m’avait demandé de leur faire un petit rappel, donc, quitte à bousculer les clichés et les idées reçues. Je pouvais parler de tout : drogues, alcool, sexe…

J’ai attrapé la bouteille de Vodka qu’un type me tendait et en ai bu quelques gorgées en me demandant quelle image ces jeunes conserveraient de moi ! Celle d’un cinglé !

En sortant, une petite blonde m’a fait signe de la suivre. Elle était franchement belle, avait des cheveux longs, bouclés. Un ange tombé du ciel !

J’ai commencé à délirer, à me débattre dans des zones marécageuses. La fatigue, l’effort d’une réflexion dense et ardue, un lien pas évident du tout entre un auteur de S-F américain qui considérait sa vie comme un songe et un philosophe de l’absurde pour qui l’homme était condamné à de vaines et inutiles révoltes, ça n’avait pas été simple, niveau argumentaire ! Tandis que je regardais Sonia, j’ai failli tomber en heurtant une chaise. La jeune femme m’avait pourtant dit de faire attention mais il était déjà trop tard. Elle a juste eu le temps de me saisir par la manche de mon blouson au moment où je perdais l’équilibre.

Impressionnante de vivacité.



Je lui ai emboîté le pas. On a traversé de longues et sombres coursives dans les sous-sols. La médiathèque, construite sur un pont suspendu me faisait penser au Bateau ivre de Rimbaud ! Bientôt, on s’est retrouvés dans une grande salle toute capitonnée. Y avait un de ces bordels ! Des chats, des chiens, un chimpanzé, un boa constrictor, un aigle des Pyrénées, ça en faisait du beau monde !

Je me suis installé dans un fauteuil en cuir noir, entre le chimpanzé et le boa constrictor.

- Je viens de lui faire sa mise en plis, a plaisanté Sonia.



Je me suis senti bizarre tout d’un coup. J’ai repensé à ce que j’avais bu. Au nombre de verres de Vodka que j’avais ingurgités tellement j’étais inquiet à l’idée d’intervenir en public. Mais non, je ne rêvais pas. C’était bien un boa constrictor qui était en train de s’enrouler autour de ma jambe, la gauche, la plus sensible, qui la serrait de plus en plus fort, au point que je ne pouvais remuer mon gros orteil ! D’une petite tape sur la queue, Sonia lui a intimé l’ordre d’arrêter de me martyriser. Bébert, c’était le nom du boa, a aussitôt desserré son étreinte en poussant un drôle de cri, déçu que les choses s’en arrêtent là, sans doute. Puis, il est allé se lover sous le canapé en tirant une de ces gueules. Ca avait eu l’air de l’amuser terriblement ! N’empêche, je me suis senti mieux, après, ai commencé à respirer à nouveau normalement. A prendre mes aises. Mais, les autres ont rappliqué, menaçants, certains montrant même les crocs ! Ca leur avait pas plu que je vire leur petit pote.



J’ai laissé passer l’orage puis suis allé me verser un verre de Vodka. Au passage, j’ai attrapé une olive verte dans une coupelle posée sur une table basse. Pour ce faire, il m’a fallu donner un grand coup de pied à Bébert qui avait recommencé ses conneries. J’en avais assez d’être le souffre douleur d’un serpent hystérique et visiblement mal dans sa peau, de me faire broyer la cuisse, sans compensation sexuelle ! Ce truc m’a donné confiance en moi. Un moment, j’ai même fiché la trouille au chimpanzé, lorsque je me suis levé pour aller ramasser un noyau d’olive par terre de peur que Bébert l’avale et s’étouffe avec. Je suis allé derrière un rayonnage de bouquins, là où on stockait les vieux nanars promis au pilon. O divine surprise ! Deux tortues géantes se faisaient l’amour, tête bêche, sur un bouquin de Brautigan.  J’ai enjambé la balustrade. C’était assez haut mine de rien, une dizaine de mètres, mieux que le record du monde de saut à la perche de Bubka ! C’était tentant quand même ! Alors, lorsque je me suis lâché, j’ai éprouvé une drôle de sensation. Ca a du durer quelques 10é de secondes, à peine. Une ivresse totale, absolue.

Mes deux tortues géantes sous le bras.

Depuis La nuit, toutes les nuits je vais dans le parc et je regarde les étoiles! Les étoiles sont jaunes… OK ! J’aime les étoiles

Je sais plus qui a écrit ça !